Visite de la Chartreuse à Liège

Visite de la Chartreuse à Liège

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Visite de la Chartreuse à Liège

7 juin 2014

Le samedi 7 juin, nous eûmes la chance de visiter le site de la Chartreuse, sur les hauteurs de Liège. Les bâtiments du fort, malheureusement dans un pitoyable état d’abandon, sont ouverts aux quatre vents et semblent régulièrement squattés par des adolescent(e)s en mal de sensations. L’objet de notre visite était le Bastion des fusillés, difficile d’accès car absolument pas renseigné et très peu connu des nombreuses personnes présentes sur les lieux pour promener leur chien ou pour pique-niquer…

Quelques mots sur les bâtiments primitifs (site de Jean-Paul Delacruz : derelicta.pagesperso-orange.fr/lachartreuse.htm) :

Même si le nom évoque un établissement religieux, qui occupa effectivement les hauteurs de Liège pendant plusieurs siècles et que sa position dominante conduisit Coehorn (le rival hollandais de Vauban) à fortifier à la fin du 17e s., avant que d’être entièrement détruit par les révolutionnaires français en 1794, les plus anciens éléments de la Chartreuse telle que nous la connaissons remontent à 1817, quand le roi des Pays-Bas, débarrassé de Napoléon mais pas du danger français, décida la construction d’une ligne de forts protégeant son royaume, aux frais du vaincu. Le plateau de la Chartreuse offrait une excellente position.

Sur un plan non seulement ancien mais déjà dépassé, ignorant les progrès de la fortification dus à Montalembert et à Le Michaud d’Arçon, une enceinte pentagonale bastionnée protégeait le bastion de gorge formant réduit, lequel contenait le cavalier et sa caserne, formé de trois ailes en arc s’appuyant sur ses faces. C’est lui qui constitue les deux premiers niveaux du casernement que nous connaissons. Sur la terrasse prenaient place des pièces d’artillerie. Wellington en personne, dit-on, donna son avis sur les dispositifs de défense. D’ailleurs, les casemates du premier étage portent son nom. En outre, il y avait des galeries de contrescarpe, des demi-lunes, des tenailles, etc.

En 1830, ce fleuron de la fortification hollandaise, assez négligemment défendu malgré sa fière devise, Nihil intentatum relinquit virtus (le courage ne laisse rien qu’il n’ait tenté) fut occupé sans coup férir par une soixantaine de Liégeois.

Les six décennies suivantes, plutôt paisibles pour la Belgique désormais indépendante, furent toutefois marquées vers 1886 par la crise de l’obus-torpille. Non seulement la Chartreuse n’avait aucune chance devant ces nouvelles munitions, mais son renforcement, à l’inverse de quelques forts de Raymond Séré de Rivières, était hors du possible. Alors on la déclassa, on rasa ce qui ne servait plus, on ajouta deux niveaux au cavalier et on en fit une caserne.

Pendant la Première Guerre mondiale, les Allemands, une fois maîtres de la ville, y incarcérèrent les Belges résistants, et même y fusillèrent 48 d’entre eux. La Wehrmacht y cantonna à nouveau en 1940 après avoir achevé les casernements modernes entrepris en 1939.

Enfin, la paix revenue, la Chartreuse redevint caserne mobilisatrice, avant d’être abandonnée par l’armée en 1982. Troublé par les seuls oiseaux et les bruits lointains de la ville, le silence du couvent fantôme plane à nouveau sur ces lieux.

Le « bastion des fusillés » compte 48 croix de civils résistants, liégeois, verviétois, stavelotains,…

En 1914, plusieurs réseaux de renseignements furent crées, dont celui du liégeois, Dieudonné Lambrecht. Les membres du réseau travaillaient pour le GQG (Grand Quartier Général) britannique et étaient chargé de surveiller les mouvements de troupe et le trafic des trains. Dieudonné Lambrecht assurait souvent lui-même le transport des renseignements en Hollande. Arrêté le 25 février 1916 à Liège, il sera fusillé le 19 avril, à l’âge de 34 ans à la Chartreuse. L’un de ses parents, Walthère Dewé, reprit le réseau qu’il appela La Dame Blanche (également actif en 1940-1945).