Le Centre Culturel

Le Centre Culturel

Histoire d’un lieu : du Gallo-Romain à nos jours

par Jean-Pierre Lensen 

Extrait du livre « 400 ans de Savoir« 

L’époque préhistorique

La préhistoire visétoise est malheureusement pauvre en documents archéologiques. Sur le site fut découvert un élément en phtanite (partie d’herminette rubanée) et plus récemment, lors des fouilles de la zone du commissariat, des lames en silex portant les caractères du néolithique ancien (vers 5000-5500).

 

L’époque gallo-romaine

(-54 ACN à la fin du 5ème Siècle)

C’est à l’occasion des travaux d’agrandissement du gymnase de l’Athénée et de la pose d’un dallage dans la cour des externes, en avril 1960, que furent mis au jour d’importants vestiges d’époque romaine. La carte actuelle de répartition de ces vestiges d’habitat présente la limite nord au début de la rue Saint-Hadelin, la limite sud rue Raskinroy, la limite ouest à la Meuse et la limite est à mi-pente de la rue de la Trairie. Cette répartition des vestiges nous fait plus penser à un petit hameau au passage de la Meuse qu’à une grande exploitation agricole (« villa »). Ce vicus «Viosatium» qui d’après la toponymie (4) aurait pu signifier, selon la démonstration de John Knaepen, « habitation ou relais sur la voie » fut traversé par la chaussée venant d’Aix-la-Chapelle et Berneau et se dirigeant vers notre capitale d’alors, Tongres. Parmi les vestiges architecturaux trouvés sur le site de l’Ancien Athénée Royal (VAR), la structure la plus importante est une cave (cave 1) révèle une occupation allant de l’an 50 après J.-C. à + ou – l’an 170. Le niveau supérieur est un niveau de comblement car la cave surmontée probablement d’un bâtiment en bois et en torchis, servit après l’an 170 jusqu’aux années 250 au moins de vide-ordures. De plus, un empierrement révéla la présence d’une chaussée romaine (voir la stratigraphie illustrée), à quelques mètres du soupirail de la cave et donc à proximité de la façade de cette bâtisse.

Les découvertes faites en 1960 par notre infatigable conservateur, Jean MASSIN et le professeur d’histoire de l’Athénée, John Knaepen mirent au jour des éléments architectoniques attestant la présence d’un chauffage par hypocauste (rondelles et tubulures). Est-ce pour des bains ou pour l’habitation. Le site aurait été abandonné, comme en beaucoup de lieux proches au troisième tiers du 3e s. (La grande villa de Haccourt e.a.) et aurait par après servit de carrière à matériaux. Les documents donnent un aperçu de la vie quotidienne des premiers siècles. Les pièces remarquables et rares sont un bouchon en terre cuite qui fermait l’ouverture d’une cruche amphore, des fragments d’un vase rituel appelé aussi communément « vase planétaire ou à bustes», une fibule en forme d’umbo, la grille de soupirail de la cave n° I.

 

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De la Grande Cour au Collège des Oratoriens 

(500 – 1615)

 A l’extrême fin du Bas-Empire (vers 400), un personnage puissant aurait fait édifier un ensemble de bâtiments agricoles entre les futures rue des Béguines et rue du Perron et entre la Meuse et les Boulevards. Il était donc voisin de notre site, qui à l’époque devait être en ruine et servir sûrement de carrière à matériaux. Dans cette villa franque, sorte de ferme-château se concentra la principale activité de Visé à l’époque : l’agriculture exercée par des serfs, des ouvriers demi-libres ou des affranchis ayant leur petit lopin de terre. A l’époque carolingienne, vers 750, cette «curtis» (ferme) devait ressembler à un anneau d’habitat disposé autour d’une cour. En 1012, la Cathédrale Saint-Lambert de Liège va acquérir la seigneurie de Visé et donc ce domaine agricole important qui comprenait la maison du seigneur (la loyghe»), les bâtiments d’exploitation agricole et les terres des manants. Mais des domaines extérieurs devaient dépendre de cette seigneurie comme la ferme de Gorhé à Devant-le-Pont, de Mons ou de Feneur. Le représentant du chapitre cathédral, le maire de la Cathédrale devait être du lignage de Visé (son blason est devenu celui de la ville de Visé). En 1310, ce fut l’évêque de Liège qui devint le Seigneur de Visé et fut représenté sur place par un maire épiscopal et un bailli. Le chapitre gardait des représentants sur place pour percevoir diverses taxes. Parmi ceux-ci les célèbres Hustin delle Court (10).

Ce sont des archives de 1546 qui nous décrivent le mieux la grande cour : un porche d’entrée donnant sur une cour intérieure et sur un étang, bordé d’une muraille vers la rue du Collège, un corps de logis, un fournil, des écuries, des étables, des porcheries, des bergeries, un hangar à chariots et une grange ainsi que des jardins potagers. La superficie de ce domaine visétois à cette époque était d’environ 40 has. Le site du centre culturel était limité au sud par le centre de la Grande Cour et au nord par la Tour de la Chinstrée. Un amas de ruines recouvrait une partie de ces terres rendues à l’agriculture. Des masures de manants devaient probablement occuper la limite est de cet ancien domaine gallo-romain, le long de la rue «tendante de la porte postiche = porte de Mouland – près du Color Code actuel au marcheit = place du Marché . Ce sont ces propriétés que les Chanoinesses du Saint-Sépulcre de Liège devront racheter au début de leur implantation à Visé.

Là où se situait la Grande Cour fut édifié un collège pour garcons. En effet, dès 1751 les Oratoriens, grâce à la munificence de Gilles-Albert de VILLENFAGNE, seigneur de Vogelzang, purent installer un de leurs collèges à Visé. Il acquit une maison rue du Collège en face du futur Collège et qui servit de premier établissement au Collège, qui y tint son pensionnat pendant que l’on construisait en face l’école, grâce e.a à 10.000 florins du donateur. Le prince-évêque Jean Théodore de Bavière accorda l’autorisation le 7 janvier 1751. L’institut des Pères de l’Oratoire fut fondé à Rome en 1575 par saint Philippe de Néri et devait s’occuper des pauvres et travailler à la réforme du clergé. Deux collèges furent créés à Thuin (depuis 1659) et Nivelles (depuis 1790). Le collège de Visé fut un des plus estimés du pays et c’est là que les futurs révolutionnaires liégeois HENKART, BASSENGE et RAYNAL y passèrent leur rhétorique. Cela n’empêcha pas le collège de devoir fermer ses portes en 1796. Les biens de ce couvent en ruines furent vendus comme bien national en 1804. On y enseignait la langue latine, le français, le néerlandais. On commençait par les figures (géométrie) pour terminer par la dialectique. Sans oublier la visite du museum (local pour les études scientifiques et l’histoire naturelle). L’obligation d’enseigner gratis les enfants de Visé exemptait le couvent d’impôts, taxes et gabelles. Ces jeunes visétois furent instruits dans la lecture, l’écriture et la crainte de Dieu. Pour les autres enfants, notamment de la bourgeoise de Liège, la pension allait de 48 florins (demi-pension avec soupe et bière) à 220 florins. A 160 florins, tous les aliments étaient fournis ! Pendant 3 ans, le pensionnat se tint dans cette maison en face. Il y eut jusqu’à 80 pensionnaires. L’école aurait pu recevoir jusqu’à 180 écoliers mais il n’y eut au plus que 110 élèves. John Knaepen signale que le Supérieur du Couvent était tantôt un médiocre, tantôt un responsable et économe ! Le personnel comprenait un préfet, un maître de première classe, un de grammaire, un de syntaxe, un de poésie, un de dialectique. Trois frères étaient affectés à des tâches domestiques : la cuisine, le jardin et la boulangerie. Deux domestiques complétaient le personnel. Un des derniers Supérieurs fut le Père d’Aoust, qui devint Plébande la Collégiale de Visé en 1783.

 

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