La Vie en Chansons [Part. 3]

La Vie en Chansons [Part. 3]

Le Caf’Conc’

par Cécile Lensen

Extrait de l’exposition « La vie en chansons« 

 

 

« Le samedi soir après l’turbin
L’ouvrier parisien
Dit à sa femme : Comme dessert
J’te paie l’café-concert
On va filer bras dessus bras dessous
Aux galeries à vingt sous
Refrain

Viens, Poupoule !, Viens, Poupoule ! Viens !
Quand j’entends des chansons
Ça me rend tout polisson
Ah !
Viens, Poupoule !, Viens, Poupoule ! Viens !
Souviens-toi que c’est comme ça
Que je suis devenu papa »

 

Comme le montre si bien cette chanson de 1902, « Viens Poupoule ! » de Felix Mayol, le Café-concert est devenu partie prenante de la vie quotidienne des ouvriers et citadins au début du 20ème siècle. A la fin du XIXème siècle, début du XXème siècle, le café-concert est donc à son apogée, créé dès la fin du XVIIIème siècle en France, il a eu le temps de se définir comme un haut lieu de la culture populaire.

phare

Le Phare, à Liège

Mais qu’est-ce que le café-concert ? Selon la définition du Dictionnaire Larousse du XIXème siècle, le café-concert, aussi appelé « Caf’Conc’ » est une salle de concert et un estaminet, réunissant dans son enceinte un public qui paie en consommations le plaisir d’entendre des romances, des chansonnettes ou des morceaux d’opéra. Au niveau structurel et formel, le café-concert ressemblait à une salle de théâtre pourvue de tables et d’une scénette pour les interprètes. Le paiement en consommations va disparaitre peu à peu au profit d’un droit d’entrée, il sera dès lors plus souvent nommé Music-Hall.

Ces « cabarets » sont restés dans les mémoires comme un synonyme des Plaisirs et Vices de la Belle Epoque à Paris. Les hommes de la Haute Bourgeoisie venant s’encanailler et se détendre avec leurs « Poules ». C’est l’époque des « Grandes Horizontales », l’époque du French cancan, de la Goulue, de Nini Pattes en l’air… L’époque où l’on pouvait croiser Henri de Toulouse Lautrec et Auguste Renoir qui raffolaient tous deux de ces femmes en tant que modèles pour leurs peintures.

Qui se produit sur la scène du café-concert ? On retrouve aussi bien des chanteurs, des musiciens, des comiques, des revues et même des sketches dramatiques. A l’apogée de ces grands cabarets, on peut y voir des spectacles variés avec effets de lumières, usage de machinisme, danses et acrobaties.

Le saviez-vous ?

Les femmes dans le milieu du Café-Concert, chanteuses, danseuses et interprètes étaient à l’époque encore considérées comme des femmes de mauvaises vies et des prostituées. Elles n’étaient pas bien payées et ouvertement encouragées à se chercher quelques protecteurs dans le public contre quelques faveurs en nature.

Le nom de certains cafés concerts parisiens sont parvenus jusqu’à nous, il s’agit notamment du Moulin-Rouge, de l’Olympia, l’Eldorado, l’Excelsior, la Scala, le Ba-Ta-clan, les Folies Bobino… En Belgique, on retrouve quelques salles, portant souvent les mêmes noms que leurs homologues français, ainsi l’Eldorado, l’Olympia, le Vieux Düsseldorf (actuelle « Ancienne Belgique »), le théâtre de la Gaité, et la plus grande salle de la ville, L’Alhambra. Plus d’informations sur Le Phare à Liège et la Place Verte.

Le café-concert tend à disparaitre après la guerre au profit d’un autre plaisir populaire, le cinéma. Nombreuses sont les anciennes salles de cabaret à être converties en salles obscures.

Le saviez-vous ?

C’est dans le théâtre l’Olympia (Bruxelles) que fut jouée pour la première fois, le 18 mars 1910, la célèbre comédie Le Mariage de mademoiselle Beulemans des auteurs belges Fernand Wicheler et Frantz Fonson

 

A Liège : « Le Caveau »

Bien que le goût de la chanson soit aussi présent au pays de Liège, il faut attendre la fin du XIXème pour voir s’ouvrir les premiers établissements réservés à la chanson, ainsi le Caveau Liégeois est constitué en 1872 dans le but de rivaliser avec les artistes du théâtre de boulevard. A l’époque, il n’était cependant qu’une association sans lieu spécifique, une situation qui aura la vie dure.

Le Saviez-vous ?

La Société du Caveau est une célèbre goguette parisienne créée en 1729. Il s’agissait pour la première fois d’une association, festive et chantante, véritable temple de la chanson. Ancêtre des cabarets, ce nom a été repris maintes fois. En 1901, un cabaret du nom de « Caveau de la République » est fondé, il existe encore aujourd’hui.

Pour tenter de pallier ce manquement, l’Association des Auteurs Dramatiques et Chansonniers Wallons eut l’idée d’ouvrir un cabaret wallon pendant le mois de la Foire (octobre) au Café des Mille Colonnes boulevard d’Avroy. Ce cabaret fut inauguré le 6 octobre 1895 et on y chantait tous les jours. Une grande variété de genres y était abordée : romances, pasquèyes, duos comiques.

Malheureusement, certains déchirements internes vinrent perturber le bon déroulement des choses et il faudra attendre le 24 septembre 1899 pour que soit annoncée la réouverture du Cabaret wallon. Celle-ci sera cependant de courte durée puisque les portes se fermeront à nouveau le 26 août 1900.

A l’occasion de l’Exposition de Liège, en 1905, sous l’impulsion de jeunes artistes, un nouveau Cabaret wallon fut créé. On aurait pu croire qu’il allait dès lors s’organiser de façon définitive. Il n’en sera rien, faute de local, d’argent, de chanteurs.

Ce ne sera que trois ans plus tard, le 4 octobre 1908, qu’un Cabaret artistique wallon verra le jour. Il allait vivre des heures plus paisibles dans plusieurs lieux différents mais toujours avec autant de succès. Ceux-ci seront toutefois interrompus par la Grande Guerre, les différents animateurs étant éparpillés un peu partout en Europe.

Dès le 21 septembre 1919, il rouvrit ses portes au Café des Deux Fontaines, au pied de la rue Haute-Sauvenière, puis en la salle du Bluet en Vinâve d’Île. La disparition de certains artistes et la Seconde Guerre Mondiale provoqueront à nouveau sa fermeture. Il faudra attendre 1989 pour que le Centre Culturel Wallon reprenne la tradition du Cabaret wallon.

*Source : http://www.theatretrianon.be/