Lanaye & Lixhe

Lanaye & Lixhe

A l’occasion de l’exposition « Lixhe & Lanaye Inédits »,

Un double article de Marylène Zecchinon 

 

Lanaye

Village le plus septentrional de l’entité de Visé, Lanaye s’étend entre le canal et la Meuse, face au village néerlandais d’Eijsden que l’on peut atteindre, à la belle saison, via le bac « Le cramignon ».  Les écluses constituent bien évidemment un patrimoine industriel tout à fait remarquable pour la localité. Lanaye est blotti au pied de la Montagne Saint-Pierre, colline formée de dépôts calcaires riches en moellons de silex et de tuffeau et site remarquable pour la faune et la flore qui y vivent. Le hameau de Petit-Lanaye est d’ailleurs directement adossé à la falaise de tuffeau. Dernière halte avant les pays-Bas, les bateliers qui naviguaient sur l’ancien canal Liége-Maestricht devaient parfois patienter des heures durant au bureau de douane situé ici.

L’église Saint-Remy se dresse sur la place du village (place du Roi Albert). L’édifice primitif (une chapelle ?) devait se trouver à l’emplacement du cimetière actuel, en bord de Meuse, mais vu les fréquentes inondations, il fut réédifié en 1712 le long de la rue principale allant de Liège à Maastricht. Cet édifice, bâti selon un axe nord-sud juste devant l’ancienne maisonEgliseSaintRemyLanaye communale (devenue musée de la Montagne Saint-Pierre), sera démoli en 1902 et remplacé par un bâtiment néo-gothique orienté qui sera restauré après la Seconde guerre mondiale (en 1949) : celui que nous connaissons à présent.

 

 

 

 

Sur un éperon dominant la vallée, se dressait le majestueux château de Caster. Il disparut dans un incendie début des années 1970, mais ainsi que l’on peut le voir sur cette carte postale, il se dressait sur une terrasse. La porte d’entrée était précédée par un escalier à double volée. L’avant-corps central était couronné par un pignon triangulaire garni de 3 clochetons. Ce château aux allures romantiques, dont la partie la plus ancienne datait du 18e s., vit s’adjoindre en 1888 une aile de style néo-gothique, sur les plans de l’architecte Jean-Charles Delsaux de Liège.

Il n’en reste à l’heure actuelle plus que la ferme, dans un pîteux état… Elle se présente comme un vaste quadrilatère irrégulier comprenant une tour-pavillon du 17e s. aux maçonneries de briques uniformément striées de bandeaux de tuffeau. Le portail d’entrée arbore la date de 1686 et la devise de Hubert Hendrice, abbé de Saint-Jacques à Liège (de 1674 à 1695). La façade du logis porte les armoiries des Reyntjens, dont un des membres fit restaurer cette aile en 1908 par l’architecte Auguste Taurel.

Le cimetière de Lanaye comporte d’intéressantes dalles funéraires comme celle de Jean Lacroix, combattant 14-18 ou celle d’un soldat du Commonwealth au-dessus de laquelle flotte en permanence un drapeau anglais. On y trouve aussi une belle variété de croix de fonte.

Lixhe

Vues de LixheCommune à part entière avant la fusion des communes de 1977, rattachée depuis à Visé, elle est composée de 3 hameaux ou quartiers : Lixhe, Loën et Nivelle. Elle présente un patrimoine assez intéressant, dont quelques anciennes fermes en quadrilatère des 18e et 19e s.

Ainsi que l’église Saint-Lambert en moellons de grès schisteux, avec sa tour occidentale romane du 12e s. et sa nef gothique en tuffeau, qui contient des fonts baptismaux, eux aussi romans et arborant 4 visages humains. Le 10.08.1914, l’église est incendiée (les fonts seront épargnés). On dénombrera 6 civils tués et 10 maisons détruites. L’église sera restaurée en 1926.
Les maisons reconstruites (ex. rue de la Halle) arborent, comme à Visé, l’inscription en façade « O.R.D. » (suivie parfois de la date de reconstruction) : l’Office des Régions Dévastées est en effet un organisme qui se chargea d’aider matériellement et financièrement les habitants à rebâtir leur ville, e.a. dans les provinces de Liège et de Namur.

Au Moyen Age, Lixhe était protégée par plusieurs tours de défense, massives, dont celle portant aujourd’hui le nom de « vieille tour », à l’angle sud du village (photo), une tour qui devrait se trouver sous l’ancienne maison communale (école), la tour de l’église, la tour du Voué (représentant du prince-évêque de Liège) dans la ferme de la Vouerie de Nivelle, ainsi qu’une tour à Loën.

Château de Loen

A Nivelle, la ferme de la Vouerie, reconstruite en 1608 et remaniée, présente une tour carrée à l’angle ouest du quadrilatère. Le portail visible ici est formé de claveaux passants un-sur-deux. La tour est en briques et moellons de grès ; les chaînages et les angles harpés sont en calcaire, tandis que le sommet est en tuffeau. C’est dans la prairie qui jouxtait le domaine (à présent loti) que s’est déroulé le « miracle » de saint Lambert : au cours de la translation de ses reliques, début du 8e s., un aveugle recrouva la vue et une chapelle votive fut édifiée…
Le monument aux Morts est surmonté d’un lion, félin symbolisant la force, la puissance et le courage, que la nation belge a choisi pour se représenter. On le voit adoptant un air féroce car, vainqueur, il « écrase » d’une patte l’aigle allemand. De sa patte gauche, il tient un écu aux armoiries de la province de Liège et de sa patte droite, le poitrail du rapace… nettement plus visible sur le monument, identique, se trouvant à Villers-l’Evêque (© L. Malchair) et où là, l’aigle N’A PAS été martelé. Quant à savoir qui a mutilé ainsi ce volatile… Un Belge apeuré, menacé ou obligé de détruire, sans trop de casse, une partie du monument ? Un Allemand mécontent, mais qui aurait tout de même agi avec soin, en laissant le lion entier ?

Rue de la Halle se trouve un bel exemple d’architecture rurale, classée par la Région wallonne qui fit l’objet d’une restauration en 2013. Les moellons chaulés et en calcaire présentent 1/2 niveau divisé en 6 travées. Les 5 baies et la porte ont un linteau échancré ; la clé centrale est dite passante et en ressaut. Les contrevents confèrent un joli cachet à cette maison. La bâtière est en tuiles et le pignon est débordant. Une caractéristique de cette habitation de 1800 est d’avoir conservé une portion de trottoir en galets de Meuse en bordure de façade.

Loën, hameau de Lixhe dont il est séparé par le canal Albert, s’étend au pied de la Montagne Saint-Pierre. On peut y voir cet admirable château-ferme, ancienne propriété de l’abbaye de saint-laurent à liège, puis de celle de val-dieu, avant d’appartenir à celle de robermont, également à liège. l’ensemble fut construit du 17e au 20e s. et s’organise autour de 2 cours distinctes entourées de constructions agricoles, remaniées au fil du temps. On y pénètre par une aile dont les maçonneries en briques sont striées de bandeaux de tuffeau (comme à la Vouerie de Nivelle). Le tout est dominé par un imposant logis rehaussé d’une élégante bâtière à croupettes.