En Belgique : Vive le roi ! Vive la patrie !

En Belgique : Vive le roi ! Vive la patrie !

 

 

La situation en Belgique à de nombreux points communs avec la France, ce même goût pour la musique militaire, les hymnes et les marches. Le contexte est différent, point de revanche mais une envie de crier au monde la grandeur de ce petit pays qui rayonne bien au-delà de ses frontières.

« La Brabançonne »

Evoquer « La Brabançonne » (Paroles et musique de François Van Campenhout, 1830,  Hymne national de la Belgique, dont la version officielle date de 1860.) peut sembler facile, et cela est bien normal, à l’époque, ses paroles sont connues de tous et elle est chantée en toutes circonstances.

Le saviez-vous ? La création de la Brabançonne

Si l’anecdote n’a peut-être pas de valeur historique, il est cependant certain que la première Brabançonne fut écrite par Louis-Alexandre Dechet, mieux connu sous le nom de Jenneval, à la fin de 1830. Acteur au théâtre de la Monnaie à Bruxelles, où avait éclaté, le 25 août 1830, la révolution qui aboutit à l’indépendance de la Belgique, Jenneval s’engagea dans l’armée révolutionnaire et fut tué au combat, près de Lierre, le 18 octobre 1830.

Il composa trois versions du ‘Chant national belge’, versions qu’il adapta au fur et à mesure de l’évolution des événements. En 1860, elle fut une fois encore remodelée, mais cette fois, non pas par son créateur, mais par le Premier Ministre Charles Rogier qui adoucit fortement les paroles virulentes adressées par Jenneval à l’égard du Prince d’Orange, Guillaume de Nassau. C’est cette version qui est reproduite ci-dessus et qui est encore utilisée actuellement.

Quant à la musique de la Brabançonne, elle fut écrite pendant les journées de septembre par François Van Campenhout. La première exécution publique de l’hymne national belge a eu lieu au théâtre de la Monnaie, au début du mois d’octobre 1830. La partition primitive a également été modifiée, afin de l’adapter aux paroles de Charles Rogier.


 

Après des siècles d’esclavage,

Le Belge sortant du tombeau,

A reconquis par son courage,

Son nom, ses droits et son drapeau.

Et ta main souveraine et fière,

Désormais peuple indompté,

Grava sur ta vieille bannière:

Le Roi, la Loi, la Liberté!

 

Marche de ton pas énergique,

Marche de progrès en progrès;

Dieu qui protège la Belgique,

Sourit à tes mâles succès.

Travaillons, notre labeur donne

À nos champs la fécondité!

Et la splendeur des arts couronne

Le Roi, la Loi, la Liberté!

 

 

Ouvrons nos rangs à d’anciens frères,

De nous trop longtemps désunis;

Belges, Bataves, plus de guerres.

Les peuples libres sont amis.

À jamais resserrons ensemble

Les liens de fraternité

Et qu’un même en’ nous rassemble :

Le Roi, la Loi, la Liberté!

 

Noble Belgique, ô mère chérie,

À toi nos cœurs, à toi nos bras!

À toi notre sang, ô Patrie!

Nous le jurons tous tu vivras!

Tu vivras toujours grande et belle

Et ton invincible unité

Aura pour devise immortelle:

Le Roi, la Loi, la Liberté!

« Vers l’Avenir »

En 1905, l’hymne « Vers l’Avenir » (Paroles de Gentil Theodoor Antheunis – Musique de François Auguste Gevaert, 1905), rejoint le répertoire national. Il s’agit de l’hymne national de la colonie du Congo belge. Ce chant patriotique est interprété pour la première fois devant Léopold II, le 9 janvier 1905 dans le cadre de l’exposition universelle à Liège. A partir de ce moment,  il est très souvent chanté dans les écoles.


 

Le siècle marche et pose ses jalons

Nous marquant une étape nouvelle;

Nous le suivons, et nous nous rappelons,

Nos aïeux et leur gloire immortelle.

Si ton sol est petit, dans un monde nouveau,

L’avenir qui t’appelle a planté ton drapeau:

 

Marche joyeux, peuple énergique,

Vers des destins dignes de toi;

Dieu protège la libre Belgique

Et son Roi !

 

Ta longue paix, autant que longs combats

Au travail exerçait ta vaillance;

Et tes progrès disaient à chaque pas

Ton génie et ta fière endurance.

Si ta force déborde et franchit ses niveaux,

Verse-la, comme un fleuve, en des mondes nouveaux :

 

Marche hardi, peuple énergique,

Vers des destins dignes de toi;

Dieu protège la libre Belgique

Et son Roi !

 

O terre sainte, ô terre des aïeux

Leurs sueurs et leur sang l’ont pétrie;

Et loin ou près, sauront tes fils pieux,

Honorer, élargir la Patrie.

Si des frères s’en vont, il en est par milliers

Qui, fidèles gardiens, défendront tes foyers :

 

Va sans faiblir, peuple énergique,

Vers des destins dignes de toi;

Dieu saura protéger la Belgique

Et son Roi !

 

 

Cette chanson met particulièrement bien en valeur les motivations et les prétentions belges en ce début de siècle. La Belgique est fière de ce qu’elle a accompli, elle est remplie d’ambitions car en à peine 75 ans, elle a conquis la place de troisième puissance industrielle mondiale devant la France et l’Allemagne. Elle n’entend pas se laisser faire et elle prouvera.

 

 

« Le chant des Wallons »

(Paroles de Théophile Bovy, musique de Louis Hillier, 1901)

Il fut écrit en 1900, en langue wallonne (et plus spécifiquement en parler de Liège), par Théophile Bovy et mis en musique en 1901 par Louis Hillier. Lorsqu’en 1998 le Parlement wallon fixe les emblèmes officiels pour la Wallonie (drapeau, hymne, fête), le Chant des Wallons fut adopté par le décret du 23 juillet, après bien des débats et des propositions tel que le Valeureux Liégeois ou Li Bia Bouquet (chant de Namur). Après le choix, des paroles en français furent composées pour la circonstance. Les opposants au choix de l’hymne de Bovy lui ont reproché la mièvrerie des paroles et son manque de cohérence historique, choses dues à une mauvaise traduction en français.

 

Nous sommes fiers de notre Wallonie,

Le monde entier admire ses enfants.

Au premier rang brille son industrie

Et dans les arts on l’apprécie autant.

Bien que petit, notre pays surpasse

Par ses savants de plus grandes nations.

Et nous voulons des libertés en masse :

Voilà pourquoi l’on est fier d’être Wallons !

 

Entre Wallons, toujours on fraternise.

Dans le malheur, on aime s’entraider :
On fait le bien sans jamais qu’on le dise,
En s’efforçant de le tenir caché.

La charité visitant la chaumière

S’y prend le soir avec cent précautions :

On donne peu, mais c’est d’un cœur sincère :

Voilà pourquoi l’on est fier d’être Wallons !

Petit pays, c’est pour ta grandeur d’âme

Que nous t’aimons, sans trop le proclamer.

Notre œil se voile aussitôt qu’on te blâme

Et notre cœur est prêt à se briser.

Ne crains jamais les coups de l’adversaire.

De tes enfants les bras te défendront

Il ne faut pas braver notre colère:

Voilà pourquoi l’on est fier d’être Wallons !

 

D’autres chansons

Comme nous le disions début de cette exposition, il n’est pas évident de retrouver de vieilles chansons belges, cependant voici un exemple pour le moins amusant :

« La Joyeuse entrée de Sa Majesté Albert Ier à Liège le 13 juillet 1913 » (Paroles de Carman, sur l’air de : « Elle est de Bruxelles »)

Cette chanson, au-delà de relater la Joyeux entrée, est un bon exemple d’une chanson d’actualité, entre sérieux, humour et anecdotes dont nous ne savons si elles sont véridiques ou non. Le parolier ne se gêne pas pour taquiner les politiciens et se moquer de l’organisation générale des festivités, le tout avec une pointe d’espièglerie.

Albert premier notre excellent roi,

Est venu visiter les liégeois

Et nos édiles pour cet évén’ment

Ont fait les choses royalement :

Arc de triomphe et décorations,

Banquets, cortèges, illuminations,

Ils ont dépensé bien modestement

La somme de 200 000 francs ;

Ils sont généreux, nos bons conseillers,

Et s’en fichent pas mal c’est nous qu’on f’ra payer

 

Refrain :

Ce fut un’ joyeuse entrée

Acclamée,

Très fêtée,

Et leurs majestés furent enchantées,

Du bel accueil de notr’ cité ;

Les agents pour cett’ circonstance

Plein d’méfiance

Et d’prudence,

Avec tous leurs poches garnies de pistolets,

Mais c’était pour leur café au lait

 

Le déjeuner fut un vrai festin,

On y dégusta les Mayeurs vins,

Après l’Hercule comme apéritif

On servit des mets substantifs

Notre Doreye eut un succès fou ;

Les petits princes en mangèrent beaucoup,

Pendant qu’on prononçait les discours,

Ils disaient : « A Wallon toujours,

Le cérémonial ça nous est égal,

Restaurons d’abord notre palais Royal

 

Refrain :

On vit à c’repas mémorable

A la table,

Fort aimable,

C’brav’ Monsieur Fraigneux

Les larmes dans les yeux

Chanter : Où peut-on être mieux ?

Pendant ce temps court la populace,

Aux terrasses,

Sur la place,

S’ingurgitait des portions d’moules et d’lapin ;

A la santé de nos souverains

 

De leur landau nos chers Souverains,

Examinèrent les magasins,

Chez Dardenne-Dauby en passant,

Ils admirèrent l’Exposition d’Gants,

Rue Cathédrale, Sa Majesté,

D’vant le phonotype fut épatée,

Car justement c’t’appareil génial

Lui jouât l’hymne national

Albert s’empressa vite d’en commander ;

Pour enregistrer les discours de Berryer court

Refrain :

Aux tribunes d’Avroy la police,

Fit d’office,

Le service ;

A tous les guichets,

Celui qui casquait,

Très facilement pénétrait ;

Mais pour notre classe ouvrière,

On d’vrait faire

Le contraire,

Il y a eu vraiment que c’veinard de taureau,

Que vu le Roi gratis prodéo.

 

La cavalcade et les cramignons,

Manquaient un peu d’organisation,

J’ai remarqué des gens comm’il faut

Qui figuraient tout près d’un chameau,

Les chanteurs ainsi qu’les musiciens,

Ne s’accordaient vraiment pas très bien ;

Pour Gretry, c’était pas rigolo,

Car on ne faisait que chanter Fau-st.

Un’ Dam’ derrière moi, je me demande pourquoi ?

On avait pas mis dans un beau Char le Roi ?

 

Le soir on fit une retraite,

Pour qu’la fête

Soit complète ;

Lorsqu’elle passa,

Tout Liège salua ;

Nos valeureux petits soldats ;

Un flamand se moquant d’l’armée

R’çu d’emblée

Un’raclée

Un gamin lui dit «  t’as vu Albert Ier,

Mais ce soir tu viens de voir Poing-carré

 

On est donc bien dans une situation relativement similaire où une bonne partie des chansons populaires ont pour thématique la Patrie et la personne du Roi.

La chanson citée dans la Joyeuse entrée n’est pas un hasard « Où peut-on être mieux »  dont la mélodie a été composée par André Gretry, qui comme le dit si bien le titre, fait référence au fait que l’on n’est jamais mieux que chez les siens, dans sa patrie.

Cette chanson, qui provient de la pièce Lucile de Jean-François Marmontel fut jouée la première fois le 5 janvier 1769… Ce qui montre l’extrême pérennité des chansons populaires à l’époque…


 

Où peut-on être mieux, où peut-on être mieux

Qu’au sein de sa famille ?

Où peut-on être mieux, où peut-on être mieux

Qu’au sein de sa famille ?

Tout est content,

Tout est content,

Le cœur, les yeux.

Le cœur, les yeux.

Vivons, aimons, vivons, aimons

comme nos bons aïeux.

Vivons, aimons, vivons, aimons

Comme nos bons aïeux.

Comme nos bons aïeux.

 

L’auteur parle également de Faust, en référence au fait qu’en 1913, les opéras allemands étaient à la mode dans la plupart des salles de concert de Belgique.


 

Lorsque jadis, faisant œuvre d’impies,Des ambitieux séparaient tes enfants, Voulant briser le vieux lien qui lie

Tes fiers Wallons aux vigoureux Flamands,

Mais le destin, immuable adversaire,

Vint réveiller au fond ces cœurs aigris,

1915, unis sous leur bannière

Jamais devise n’atteint plus noble prix.

 Noir, jaune et rouge, couleurs désormais chèresOui, tout un peuple vous jure fidélité,

Rel’vant la tête car l’Europe tout entière

Rendit hommage à son antique fierté.

Portez bien haut nos vœux d’indépendance

Pour cette terre où sont les os blanchis

De tant d’aieux qui, malgré les souffrances,

Depuis César ne furent jamais conquis.

 

Paroles et musique de François Gelin